Pourquoi la posture de l'éducateur est plus importante que l'outil.
1. Donner l'impulsion : Être le moteur du départ de l'activité
L’autonomie ne peut pas naître dans l’immobilisme. Pour qu’un usager s’engage dans l'apprentissage, il a besoin d’un éducateur qui sait donner le premier coup de pouce, la première impulsion. Face à l'inertie, la peur de l'échec ou l'appréhension liée au handicap, l'éducateur doit être ce "starter" dynamique.
C’est ici que l’on s’oppose à une attitude figée, bureaucratique ou trop protectrice qui finit par enfermer l'usager dans sa propre passivité. Donner l'impulsion, c'est insuffler une énergie communicative, donner le rythme et montrer par son propre entrain que l'activité est désirable et accessible. On ne demande pas simplement de réaliser la tâche ; on crée un élan qui embarque l'autre dans le faire en toute conscience.
2. Le silence pédagogique : La règle des 10 secondes
Une fois l'élan donné, la posture doit changer. C'est là que l'art de l'éducateur devient vraiment subtil. Après avoir amorcé le mouvement, il faut savoir se taire, disparaître pour favoriser la réflexion et l'autonomie de la personne.
C'est ce que j'appelle le silence pédagogique. Face à une légitime hésitation devant une pièce de bois ou un légume à couper, notre réflexe est d'intervenir tout de suite. Pourtant, il faut accepter de laisser au cerveau le temps de traiter l'information visuelle, de s'adapter au support d'apprentissage. Attendre 10 secondes sans parler, ni intervenir par le geste, c'est laisser à l'usager l'espace nécessaire pour trouver la solution seul. C'est alors dans ce vide que se forge la véritable confiance en lui-même.
3. La Proxémie : Trouver la juste distance
Éduquer, c'est d'abord trouver la bonne place physique. Trop près, on devient une béquille envahissante pour l'autre, mais trop loin, on crée de l'insécurité pour la personne.
L'astuce de l'attention conjointe : Plutôt que le face-à-face, éducateur / apprenant, qui peut être vécu comme une confrontation ou une mise en situation d'examen, je privilégie le côte-à-côte éducateur & apprenant, inscrits dans une activité commune.
On regarde ensemble la fiche pédagogique, l'outil ou le plan de travail, associés tous les deux dans le faire. En me plaçant ainsi, je disparais au profit de l'action immédiate. La fiche "Voir et Faire Seul" devient alors le tiers médiateur : elle guide le geste, pendant que je reste un soutien discret. Ma posture devient étayante et n'est plus inscrite ou vécue comme un contrôle de l'autre lourde de jugement. Je reste alors prêt à réinjecter une impulsion si la dynamique s'enraye.
Conclusion : Le support comme relais de la posture
Mes fiches pédagogiques ne sont pas de simples modes d'emploi. Elles sont conçues pour soutenir cette dynamique d'apprentissage :
Elles libèrent l'éducateur de la répétition verbale, ce qui lui permet de se concentrer pleinement sur l'animation de la séance et l'encouragement à l'action.
Elles sécurisent l'usager, transformant chez lui la peur d'un hypothétique échec, source de frustration, en la ferme volonté d'obtenir un succès valorisant.
La posture éducative, c’est finalement cela : savoir donner l’impulsion initiale qui libère l'envie et la force d'agir, puis savoir s’effacer avec pédagogie pour que l’usager puisse dire, avec fierté : « C’est moi qui l’ai fait. »

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