LOI DE 2005 : 21 ANS APRÈS, L'ACCESSIBILITÉ COGNITIVE RESTE LE PARENT PAUVRE

Panneaux de dos
Le 11 février 2005, la France votait la loi pour "l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées". 

Loi qui pose le principe selon lequel « toute personne handicapée a droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l’accès aux droits fondamentaux reconnus de tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté ». Cela quel que soit le type de handicap de la personne : moteur, sensoriel, cognitif ou psychique.

Mais, maintenant 21 ans après, ce texte qui reste le socle essentiel pour notre métier d'éducateur et si les mentalités ont progressé, le terrain, lui, raconte une réalité beaucoup plus nuancée.

1. Ce qui a changé : Le handicap est sorti de l'ombre 

En plus de deux décennies, la notion d'accessibilité universelle est entrée dans le langage courant et est devenu une évidence pour tout le monde.

            ▪ L'école inclusive (ULIS) est devenue la norme, même si les moyens manquent cruellement pour garantir un parcours scolaire adapté.

            ▪ Les entreprises ont dû s'ouvrir à la différence face à un public en situation de handicap ayant la volonté légitime de s’intégrer dans le milieu ordinaire.

            ▪ La prestation de compensation du handicap (PCH) a permis de financer des aides humaines et techniques facilitant la vie quotidienne.

2. Le point noir : L'accessibilité cognitive, la grande oubliée ? 

En tant qu'éducateur, on constate souvent que l'accessibilité a été pensée pour le fauteuil roulant (rampes, ascenseurs), mais beaucoup moins pour le handicap mental ou psychique.

Le mur administratif : une double peine

Conscient que l’administration française est complexe pour tout le monde,  pour une personne avec un handicap mental, elle devient excluante. Entre les dossiers MDPH de 20 pages, les formulaires de la CAF et les courriers de renouvellement de droits, le jargon technique devient une barrière infranchissable. 

Cette complexité crée une "dépendance forcée" envers l'éducateur, le tuteur ou la famille. Sans une aide pour traduire le français en "français simple", l'usager perd l'accès à ses propres droits. C'est une forme d'infantilisation involontaire.

La signalétique : un labyrinthe invisible

On a beaucoup investi dans les rampes d'accès, mais qu'en est-il de l'accessibilité cognitive dans nos villes ? Prenez une gare, un grand centre administratif ou un milieu hospitalier : les panneaux, s’ils existent, sont souvent saturés d'informations, écrits trop petit ou utilisent des pictogrammes abstraits.

Pour une personne qui a des difficultés à se repérer dans l'espace ou à lire, l'espace public devient source de stress et d'angoisse. L'autonomie s'arrête là où commence la peur de se perdre. Tant que nos rues ne seront pas "lisibles" au premier coup d'œil, l'inclusion restera un concept de façade.

Le monde du travail : le plafond de verre de l'emploi

En ESAT comme en milieu ordinaire, la compétence technique est là, mais c'est souvent la transmission de l'information qui fait défaut. Les consignes, les fiches de postes ou les protocoles de sécurité sont encore trop souvent des blocs de texte denses ou des schémas industriels complexes.

Si un travailleur a besoin de solliciter un moniteur ou un collègues pour relire une procédure, il ne peut pas, légitimement, se sentir autonome. Ce n'est pas la tâche qui est trop complexe, c'est l'explication de la tâche qui est inadaptée.

Le quotidien : quand l’information devient un obstacle

Au-delà des grands dossiers, c'est l'autonomie "invisible" qui est entravée par des détails de conception.

Exemple choisis : 

Savoir lire une date de péremption (DLC) sur un pot de yaourt ou un paquet de viande demande de savoir repérer de tout petits chiffres au milieu de logos publicitaires. Une erreur, et c'est le risque d'intoxication.

Une notice de médicament est souvent un calvaire de lecture. Entre les contre-indications écrites en minuscule et les dosages complexes, l'usager perd sa capacité à se soigner seul en toute sécurité.

Recevoir un courrier, même simple, déclenche souvent une angoisse. Est-ce une facture ? Une amende ? Une invitation ? L'absence de visuels clairs sur l'urgence ou la nature du courrier oblige l'usager à attendre le passage de l'éducateur ou du tuteur pour "savoir s'il doit s'inquiéter".


Ainsi si l'accessibilité physique progresse, l'accessibilité à une information compatible avec le handicap mental ou psychique reste un combat de chaque instant.

3. Vers une citoyenneté réelle : 

Pour les personnes que nous accompagnons, l'enjeu des 20 prochaines années n'est plus seulement d'être "accueillies" dans le milieu « ordinaire , mais d'être pleinement actrices. Cela passe par le pouvoir de choisir son logement, son travail et ses loisirs. L'autonomie n'est plus une option, c'est un droit fondamental gravé dans la loi.

En conclusion, la loi de 2005 était une révolution. Après 21 ans, elle a le mérite d'exister et d’avoir fait avancer les mentalités, mais elle a encore besoin de nous (professionnels, familles, citoyens) pour que l'accessibilité ne soit plus un mot sur un papier, mais une réalité tangible au coin de la rue.


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