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Respecter l’âge adulte : pourquoi j'ai banni le style "infantile" de mes fiches pédagogiques

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La "double peine" du matériel pédagogique Dans mon quotidien d’éducateur technique spécialisé (ETS), je fais souvent le même constat amer : nous demandons à des jeunes adultes de 18 ou 20 ans de se comporter avec une certaine maturité, de gagner en autonomie et de s’insérer professionnellement... mais nous leur mettons entre les mains des outils et supports pédagogiques conçus pour des enfants de 6 ans. C’est ce que j’appelle la "double peine" : en plus de leur situation de handicap, on impose à l’usager un matériel inadapté et dévalorisant. Mon engagement à travers la création de mes fiches, c'est de briser ce cercle vicieux. 1. Le syndrome du "Petit Lapin" : une entrave à l'autonomie Pourquoi voyons-nous encore des illustrations enfantines en IMPro, en ESAT, en foyer ou en ULIS ? On pense souvent, à tort, que "simplifier" veut dire "infantiliser". Pourtant, pour un jeune en situation de handicap mental, l’image est le miroir ...

L'Ergonomie en atelier : Un levier d’inclusion et de réussite

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Dans nos ateliers (IME, ESAT, ULIS), l’ergonomie ne se résume pas à une simple question de confort. Elle est le socle sur lequel repose l’autonomie, la sécurité et la valorisation des compétences des personnes en situation de handicap mental. Un environnement pensé pour l'usager réduit la fatigue, limite le stress et transforme l'apprentissage en réussite. Voici les piliers essentiels pour repenser l'ergonomie de votre atelier de manière globale. 1. L'ergonomie physique et l'espace de travail La posture est la base de toute activité productive. Un poste mal adapté peut engendrer des troubles musculo-squelettiques (TMS) et une lassitude rapide. La hauteur de table : Le plan de travail doit idéalement se situer à hauteur des coudes, que ce soit pour le travail assis ou debout. L'espace pour les jambes doit rester libre. L'accessibilité : Les outils les plus utilisés doivent se trouver dans la "zone de préconisation" (à portée de main sans torsion d...

Pourquoi la posture de l'éducateur est plus importante que l'outil.

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En ma qualité d'éducateur technique spécialisé de terrain, on me questionne parfois sur la recette idéale pour mener à bien une séance d'apprentissage dans des domaines aussi varié que la menuiserie, la cuisine ou encore l'entretien des espaces verts. La solution ne se trouve pas uniquement dans l'instrument, mais aussi dans l'attitude. Une position qui doit naviguer entre deux extrêmes : l'énergie qui pousse et la discrétion qui permet à l'apprenant d'agir. 1. Donner l'impulsion : Être le moteur du départ de l'activité L’autonomie ne peut pas naître dans l’immobilisme. Pour qu’un usager s’engage dans l'apprentissage, il a besoin d’un éducateur qui sait donner le premier coup de pouce, la première impulsion . Face à l'inertie, la peur de l'échec ou l'appréhension liée au handicap, l'éducateur doit être ce "starter" dynamique. C’est ici que l’on s’oppose à une attitude figée, bureaucratique ou trop protectrice qui fin...

L’Intérêt de l’Usager : La Clé Souvent Oubliée de l’Apprentissage

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On pense souvent, à tort, qu’un bon support pédagogique suffit à déclencher le goût pour l’apprentissage. On crée la fiche à tout point de vue parfaite, on prépare le matériel soigneusement, et pourtant… l’usager se détourne de l’activité, s’agace rapidement ou reste passif. Pourquoi ? Parce qu’il manque l’élément moteur de tout apprentissage : l’intérêt de l'usager pour cette activité. 1. On n’apprend pas sous la contrainte, on apprend par utilité Pour un jeune ou un adulte en situation de handicap, la notion d’"apprentissage pour le futur" est souvent un concept beaucoup trop abstrait voir rébarbatif. L'usager a besoin de voir l'utilité immédiate, d'appréhender la conséquence directe et concrète de son action.  Avec l'approche de la méthode "Voir et Faire Seul”, on n'épluche pas une carotte pour apprendre à éplucher. On épluche parce qu’on va cuisiner un plat que l’on va partager. On ne ponce pas une planche pour la recherche du geste parfait, ...

Structurer l’espace pour compenser le handicap mental : l’importance de la charge cognitive en atelier

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Dans nos pratiques d’accompagnement en IME, ESAT ou ULIS, nous cherchons constamment à développer l'autonomie de l'usager. Pourtant, nous oublions parfois que l’autonomie ne dépend pas seulement du savoir-faire technique, mais aussi de l'ergonomie cognitive du poste de travail. En tant qu'Éducateur Technique Spécialisé, j'ai pu observer qu'un échec sur une tâche simple (épluchage, tri, montage) n'est souvent pas dû à un manque de compétence, mais à un environnement saturé. 1. Comprendre la surcharge cognitive Pour une personne présentant une déficience intellectuelle ou des troubles des fonctions exécutives, chaque objet présent sur un établi est une information que le cerveau doit traiter : Est-ce que cet outil est utile maintenant ? Où dois-je poser ce déchet ? Pourquoi cette bouteille d'eau est-elle à côté de mon couteau ? Ce flux d'informations parasites crée une surcharge cognitive. Le cerveau "sature", l'anxiété monte, et c'e...

Pourquoi chaque détail compte : Le choix de la typographie

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​ Dans la méthode " Voir et Faire Seul ", nous croyons que l’autonomie commence par une information sans obstacle, librement accessible. C’est pourquoi j’ai choisi d’utiliser la police de caractère " Luciole " pour l’ensemble de nos supports pédagogiques. ​ Qu’est-ce que cela change pour l’usager ? ​Développée par des experts en design et des spécialiste de la déficience visuelle, la police de caractère Luciole a été spécifiquement conçue pour répondre aux besoins des personnes ayant des troubles cognitifs ou visuels. Contrairement aux polices classiques, chaque caractère a été pensé pour éviter toute confusion : ​ Une distinction claire : Le chiffre 1, le i majuscule et le l minuscule sont tous différents. Fini l'hésitation à la lecture d'une consigne ! ​ Un espacement optimisé : Les lettres ne se chevauchent jamais, ce qui réduit la fatigue visuelle et facilite le déchiffrage pour les personnes dyslexiques ou avec un handicap mental. ​ Une structure rassu...

Faire passer le message sans dire un mot : la magie du non-verbal

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Introduction : Le silence est un outil En tant qu'éducateurs, nous parlons souvent trop.  Pourtant, pour une personne en situation de handicap mental ou avec des troubles autistiques, le flux de paroles peut faire l'effet d'un véritable brouillard cognitif et devenir un fond sonore plus que stressant. La communication non verbale, c'est l'art d'utiliser son corps pour guider, accompagner et soutenir l'autre sans l'aide de la parole. 1. La "Juste Distance" (La Proxémie) La posture commence par la place que l'on occupe dans l'espace de l'autre. Le piège : Se tenir debout au-dessus de la personne, être dans une posture de domination, de contrôle de l'autre. La posture non-verbale : Se placer à la même hauteur, assis si la personne est elle-même assise et de côté si possible. Cela permet de regarder ensemble l'objet ou l'activité en cours, plutôt que de se regarder de face, ce qui peut être perçu comme une confrontation. 2...